La Vie et Son Sens
La vie est une voie unique avec deux directions : les vertus et les vices, chacune avec ses nuances.
La vie est une voie unique avec deux directions : les vertus et les vices, chacune avec ses nuances.
Ci-contre, les définitions des principaux termes que l'on rencontre ou entend à travers le langage courant dans le domaine de la morale :
La bonne foi est à la fois un fait et une vertu. En tant que fait, elle se définit par la conformité des actes et des paroles à la vie intérieure. En tant que vertu, elle incarne l'amour et le respect de la vérité. La bonne foi exclut le mensonge, mais pas l'erreur. Elle dépasse la simple sincérité, qui consiste à ne pas mentir aux autres ; être de bonne foi implique également de ne pas se mentir à soi-même, en aimant la vérité plus que soi-même.
Cependant, la bonne foi n'implique pas nécessairement une moralité exemplaire. Par exemple, un individu de bonne foi ayant des croyances erronées, comme un nazi, reste un nazi. À l'inverse, un amour ou une générosité de mauvaise foi s'apparente à de l'hypocrisie et à un mensonge.
En tant que vertu, la bonne foi interdit le mensonge, mais d'autres vertus comme la prudence, la justice et la charité doivent également être prises en compte. Parfois, mentir peut être nécessaire pour survivre, résister à la barbarie, ou protéger un être cher. Dans ces situations, l'amour du prochain peut l'emporter sur l'amour de la vérité. Chaque cas est unique : mentir à un mourant peut être justifié si la vérité est trop difficile à supporter, mais il est également crucial de respecter le droit à la lucidité. Ainsi, il est essentiel de dire la vérité dans la mesure du possible, sans compromettre d'autres vertus plus élevées.
La compassion consiste à souffrir avec autrui, ce qui soulève la question de sa valeur, étant donné que toute souffrance est perçue comme mauvaise. Cependant, elle se distingue de la sympathie, qui est la participation affective aux émotions d'autrui, dont la valeur dépend de la nature de ces sentiments. La compassion, quant à elle, implique de partager la souffrance sans adopter les raisons de cette souffrance.
Il ne faut pas confondre compassion et pitié ; la dernière tend à aggraver la souffrance au lieu de l'alléger. La compassion, nourrie par l'amour et la générosité, est essentielle à l'humanité et pourrait même être à l'origine de valeurs telles que la justice. Elle s'étend également aux animaux, promouvant un humanisme qui reconnaît les exigences imposées par la souffrance des autres.
La compassion englobe non seulement la tristesse face à la douleur d'autrui, mais aussi une disponibilité et une sollicitude, ainsi qu'une joie dans le bonheur d'autrui. Contrairement à la pitié, qui se nourrit d'un sentiment de supériorité, la compassion établit une égalité respectueuse entre celui qui souffre et celui qui compatit.
Bien que la compassion ne puisse être commandée, elle peut être éduquée et développée, faisant d'elle une vertu. En Orient, elle est valorisée dans le bouddhisme, tandis qu'en Occident, la charité est souvent mise en avant. Les deux peuvent se compléter, bien que la compassion soit souvent plus accessible et réaliste, préparant le terrain pour des expressions d'amour plus exaltantes.
La douceur s'oppose à la violence, à l'agressivité et à la colère. Elle est la manifestation la plus proche de l'amour, surpassant même la compassion, qui est moins positive, et la générosité, parfois trop intrusive. La douceur se laisse porter par le courant et cherche à agir au mieux en causant le moins de mal possible à autrui.
Selon Aristote, la douceur représente le juste milieu entre l'irascibilité et la mollesse ; certaines colères peuvent être justifiées et nécessaires. La douceur ne doit pas être considérée comme un absolu, et il est parfois moralement acceptable, voire nécessaire, de combattre ou de tuer si cela empêche un mal plus grand.
Traditionnellement, la douceur est perçue comme une vertu féminine. Bien que des actes de violence soient également commis par des femmes, la majorité des crimes violents sont le fait d'hommes. Cette différence résulte de facteurs biologiques et culturels. L'homme est souvent sauvé de ses pires instincts par sa part de féminité. Par ailleurs, la féminité est parfois confondue avec l'hystérie, qui cherche à séduire ou à être aimée, un comportement qui s'oppose à l'amour véritable. La douceur, en revanche, incarne un courage sans violence et une force sans dureté, impliquant une résilience sans s'endurcir.
Dans un monde où l'inconstance et l'oubli prédominent, la mémoire et la pensée sont essentielles. La fidélité est liée à l'amour et doit être dirigée vers des objets de valeur. Elle se manifeste dans trois domaines :
En somme, la fidélité est plus qu'une obligation, c'est un acte d'amour authentique, même face à l'oubli ou la séparation.
La générosité est la vertu du don, qui consiste à offrir ce qui nous appartient à ceux qui en manquent, contrairement à la justice qui répartit équitablement. Elle est plus affective et spontanée, tandis que la solidarité, fondée sur une communauté d'intérêts, est souvent trop intéressée pour être considérée comme une vertu.
La générosité se manifeste rarement dans nos dépenses, souvent inférieures à 1 % de nos revenus, et son absence peut être compensée par une mauvaise conscience. La générosité et l'amour sont liées, mais l'on peut donner sans aimer, alors qu'on ne peut aimer sans donner. Donner aux enfants découle de l'amour, pas d'une simple générosité.
La générosité peut être perçue comme un semblant d'amour, une réaction au manque d'amour que nous ressentons. Elle nécessite une maîtrise de soi et produit de l'estime de soi, réconciliant vertu et plaisir. Qu'elle soit naturelle ou le résultat d'une réflexion consciente, sa valeur ne dépend pas de son origine. En fin de compte, la générosité est une quête d'amour et de partage, et lorsque jointe à la douceur, elle devient bonté.
L'humour est intrinsèquement lié à l'esprit, car il permet de se moquer de tout. Cela n'exclut pas la nécessité de prendre au sérieux nos obligations envers autrui et la conduite de notre propre existence, mais cela nous empêche d'être dupes ou trop satisfaits de nous-mêmes. Manquer d'humour équivaut à faire preuve d'un manque d'humilité et de lucidité, et à être trop centré sur soi.
La condition humaine, souvent misérable, peut susciter le rire ou les larmes. Se lamenter pour nos petites existences serait une manière de se prendre trop au sérieux ; il est donc préférable d'en rire. Il est essentiel de distinguer l'humour de l'ironie : l'ironie se moque des autres et constitue une arme blessante, tandis que l'humour permet de rire de soi et des autres de manière bienveillante. Une même phrase peut être interprétée comme ironique par l'un et humoristique par un autre.
L'humour ne sert pas uniquement l'humilité ; il possède une valeur en lui-même. Il transforme la tristesse résultant de notre condition en joie, la désillusion en comédie, et le désespoir en gaieté. Ainsi, l'humour se présente comme une désillusion joyeuse, en lien avec la lucidité et la bonne foi, tout en touchant également à l'amour.
L'empathie se différencie de la compassion, qui absorbe les émotions de l'autre. L'empathie, c'est rester soi-même face au problème de l'autre, sans absorber ces émotions.
La gratitude ne doit pas être confondue avec des échanges intéressés. Elle représente un second plaisir, prolongement d'une première joie, un écho de reconnaissance envers une cause, qu'elle soit humaine, divine ou naturelle. Rien de notre joie ne serait possible sans le reste de l'univers, et cet amour, poussé à son extrême, devrait s'étendre à tout.
La gratitude reflète une certaine humilité, car personne n'est cause de soi-même. Elle est une reconnaissance de la grâce de l'existence plutôt qu'une dette. Bien qu'elle puisse sembler facile, sa manifestation est souvent entravée par l'égoïsme, qui préfère conserver sa jouissance pour lui-même plutôt que de partager sa reconnaissance.
La gratitude se concentre sur ce qui a été vécu, s'opposant au regret et à l'angoisse. Elle permet de rendre la mort indifférente, car elle ne peut effacer les expériences vécues. Le travail de deuil, centré sur la gratitude pour les souvenirs, est essentiel après une perte.
Cependant, il est important de ne pas confondre gratitude avec complaisance ou complicité. La gratitude ne doit jamais justifier une injustice, et elle ne doit pas être utilisée comme un moyen pour obtenir davantage. Elle doit être authentique et ne pas être motivée par des intentions intéressées.
La miséricorde est la vertu du pardon, qui ne consiste pas à effacer ou à oublier la faute, mais à cesser de haïr. Elle triomphe de la rancune, du désir de vengeance et n'est pas simplement une clémence qui renonce à punir. Bien que limitée, la miséricorde est nécessaire, car nous sommes tous sujets à l'erreur.
Elle se distingue de la compassion, car elle implique une faute, tandis que la compassion peut exister sans elle. Être miséricordieux peut provenir de l'identification à ses propres fautes, mais pour des fautes plus graves, il faut une vertu intellectuelle. Comprendre les motivations derrière les actions des autres permet d'exercer la miséricorde, en réalisant que la haine nous nuit à nous-mêmes.
La miséricorde ne se base pas sur un sentiment, mais sur la compréhension des faiblesses humaines. On peut pardonner par grâce, si l'on croit au libre arbitre, ou par une connaissance profonde si l'on n'y croit pas. Le pardon est lié à la vérité : mieux on comprend, plus on est enclin à pardonner.
Une maxime de la miséricorde est : « là où tu ne peux aimer, cesse au moins de haïr ». Beaucoup confondent pardonner avec oublier, alors que pardonner signifie simplement ne pas haïr ni garder de rancœur.
La pureté se définit traditionnellement comme l'absence de taches, de souillures ou de mélanges, mais dans le monde réel, tout est mélange. Par exemple, une eau pure, sans germes ni sels minéraux, est également une eau morte.
La pureté ne concerne pas uniquement le registre sexuel ; elle s'applique aussi à des domaines comme l'art, le militantisme ou la science, lorsqu'ils sont exercés avec désintéressement et sans quête de richesse ou de gloire. Dans ces cas, la pureté s'oppose à l'intérêt, à l'égoïsme et à la convoitise. Rien de ce que l'on possède ne peut être considéré comme pur ; la pureté est synonyme de pauvreté, de dépouillement et d'abandon.
Bien que les notions d'impureté aient souvent été évoquées dans le contexte de l'amour et de la sexualité, ce n'est pas la sexualité elle-même qui est impure, mais plutôt la force, la contrainte et le manque de respect. Le mal réside dans l'indifférence à l'autre et dans le désir de le traiter comme un objet. À l'opposé d'Éros, qui est l'amour possessif, Philia et Agapè représentent l'amour désintéressé, bienveillant et charitable, qui constitue la véritable pureté.
L'amour pour les morts est pur, car il est empreint de gratitude pour leur existence. De même, l'amour pour les vivants peut être pur s'il est respectueux et libéré de l'ego. Toutefois, la passion, souvent teintée de jalousie et de violence, ne peut jamais être pure.
Enfin, Éros, Philia et Agapè sont interconnectés : sans désir, l'amour perd de sa valeur, et sans l'amour désintéressé, le désir devient stérile.
On ne naît pas vertueux, mais on le devient par la politesse, la morale et l'amour. La politesse est une façade de la vertu, agissant comme si l'on était vertueux ; elle représente le point de départ d'un chemin vers la véritable vertu. De même, la morale peut être perçue comme un simulacre d'amour, car agir moralement revient à agir comme si l'on aimait. En réalité, nous n'avons besoin de morale que lorsque l'amour fait défaut ; sans amour, la morale perd de son sens.
Agir bien consiste d'abord à respecter les conventions (politesse), ensuite à suivre les principes moraux (morale), et finalement, à faire ce qui nous semble juste dans un élan d'amour. Comme la morale libère de la politesse, l'amour, en accomplissant la morale, nous affranchit des faux-semblants. L’esprit des Évangiles résume cela : "Aime et fais ce que tu veux" (Saint Augustin).
Mais qu'est-ce que l'amour ? On peut le définir de trois manières complémentaires. La première est Éros, l'amour fusionnel, qui aspire à retrouver notre moitié perdue, comme dans le mythe des androgynes. Cependant, cet amour est souvent un désir insatiable d'un objet manquant, engendrant passion et romantisme, et peut également être associé à la religion, où Dieu représente ce manque ultime.
Néanmoins, lorsque le manque est comblé, il disparaît, entraînant souvent la souffrance. Si l'amour est fondé sur le manque, il est voué à l'échec dans la vie ou ne peut se réaliser qu'à travers la mort.
Il existe deux voies pour transcender ce manque : la première est la procréation (un enfant) ou la création (une œuvre), qui nous libérerait de notre désir de pérennité, bien qu'elle ne sauve pas nécessairement nos relations. La seconde voie consiste à évoluer dans notre amour : commencer par aimer le corps pour sa beauté, puis élargir notre amour à tous les corps attrayants, à la beauté des âmes, et, enfin, à la beauté absolue, qui est le bien, la transcendance, et qui est Dieu.
Cependant, même Dieu ne pourrait nous sauver sans que nous ne cultivions d'abord l'amour en nous. Que vaut la foi si nous n'apprenons pas à aimer ? Si nous savons aimer, pourquoi aurions-nous besoin de foi ?
L'amour suppose-t-il toujours un manque ? Platon répond que nous ne désirons pas la bonne santé quand nous l’avons, mais plutôt rester en bonne santé. Toutefois, cela confond désir et espoir, et nous empêche d'aimer sans frustration. Il y a de la joie dans le fait de désirer ce dont nous ne manquons pas. Cette façon d’aimer s’appelle Philia : une joie qui provient de la reconnaissance de la présence d'une cause extérieure. C'est une déclaration d'amour qui ne demande rien en retour.
Contrairement à Éros, Philia ne s'accompagne pas de manque, d'angoisse ou de souffrance, mais de désir, d'action et de plaisir. Cet amour vaut tout autant pour les couples que pour les amis et les enfants. Ce n'est pas ce qui me manque que j'aime, mais ce que j'aime qui, parfois, me fait défaut. Dans son essence, il n'existe pas d'amour malheureux, et il n'y a pas de bonheur sans amour, car chaque joie a une cause.
Les couples qui durent comprennent cela. Ils ont abandonné l'idée de fusion et aiment l'autre tel qu'il est, enrichissant leur relation par l'intimité des âmes et des corps. Ils transforment le manque en tendresse, joie, gratitude, humour, fidélité, complicité, douceur, lucidité et confiance. Cet amour épanoui trouve son origine dans la famille, illustrant l'amour désintéressé d'une mère pour son enfant, qui apprend ainsi à passer de l'amour de soi à l'amour d'autrui.
Bien sûr, Éros et Philia s'entrelacent, même si Éros peut s'émousser avec le temps, tandis que Philia s'approfondit et s'épanouit.
Cependant, il existe une autre dimension à l'amour. Pourquoi aimons-nous tant nos enfants, mais si peu ceux des autres ? Devons-nous nous limiter à la morale, à la loi, au devoir ? Que dire de l'esprit du Christ, qui incarne un amour inconditionnel, aimant même les ennemis ? Que le Christ ait existé ou non, son message va bien au-delà des capacités d'Éros et de Philia. Cet amour sublime, bien qu'apparemment impossible, mérite un nom : la charité (Agapè).
La question de la création du monde est complexe, surtout en considérant l'existence de Dieu. Si Dieu a créé le monde, il ne l'a pas fait par manque de quoi que ce soit. Le monde ne peut non plus être expliqué par un amour divin, car se réjouir c'est exister davantage. Pourquoi Dieu choisirait-il de créer, alors qu'il est déjà tout l'être et tout le bien possibles ? Si Dieu décide de créer, il ne peut produire que ce qui est inférieur à lui, donc le mal. Ainsi, le monde se présente comme une absence de Dieu, son retrait, sa distance (que nous appelons l'espace), son attente (que nous appelons le temps), et son empreinte (que nous appelons la beauté). Les religions qui représentent Dieu comme un commandant omniprésent sont idolâtres, même si elles sont monothéistes.
Pourquoi cette création-disparition ? Parce que Dieu a choisi cette diminution, il a créé par amour et pour l'amour. Il n'a pas créé autre chose que l'amour et les moyens de l'amour, d'où la passion, mais celle de la croix.
Dans ce monde, la loi des puissants prédomine. Même les enfants, semblables à de l'eau, occupent tout l'espace. Cependant, Dieu et parfois les parents choisissent de se retirer. Pourquoi ? Par amour. Dans un couple, il est parfois nécessaire de faire un pas en arrière : "Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta vulnérabilité sans que l'autre en profite pour afficher sa force." Cet amour, celui des Évangiles, est totalement désintéressé, indépendant de la valeur de l'objet aimé.
Que reste-t-il si Dieu n'existe pas ? Une certaine vision de l'humanité : tous frères face à la vie, même opposés, même ennemis. Tous frères face à la mort : la charité devient une fraternité de mortels, et c'est déjà significatif. Il existe également que l'amour n'est pas conditionné par la valeur de son objet ; l'amour est premier en termes de valeur : ce qui compte, c'est ce que nous aimons.
Cet amour, bien qu'impossible à vivre parfois, est nécessaire pour comprendre ce qui nous manque. Il faut aussi aimer l'amour lui-même. Sans cet amour pour l'amour, nous sommes perdus ; peut-être est-ce là la véritable définition de l'enfer.
La peur est un excès de prudence, c'est une émotion tétanisante face à l'épreuve, si bien qu'il faut utiliser la force mentale qui se manifeste sous une forme que l'on désigne par le terme, courage.
Pour entreprendre, la tempérance est requise dans une démarche pour réfréner la force.
La force, ou courage volontaire peut se transformer en domination, en brutalité, en violence, etc. Ne pas se jeter la tête baissée, en raison de la force sans tenir compte d'une situation et provoquer des dégâts sur le problème que l'on cherche à résoudre, et des complications que cela peut engendrer pour soi, il s'agit de calmer ses ardeurs.
Le feu est le symbole de la force et l'eau celui de la tempérance, trop de l'un ou de l'autre et la vie cesse...
Être juste dans son intention, c'est-à-dire être équitable et s'ajuster en tenant compte de la situation afin d'être tempéré, la tempérance, c'est notre empathie, compassion à l'égard de l'autre ou des autres.