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Le triquetra symbole de la ternaire Divine

La Vérité

la subjectivité est la réine du réel, quoi qu'en pense le roi de la pensée intellectuel !

Le triquetra symbole de la ternaire Divine

L’absurdité de la logique

La clé de Nasrudin

Un soir, Nasrudin cherchait quelque chose sur le sol, sous la lumière d’un réverbère.

Un voisin qui passait par là s’arrêta.

— Que cherches-tu, Nasrudin ?

— J’ai perdu ma clé.

Le voisin posa ses affaires et se mit à chercher avec lui. Bientôt, d’autres passants se joignirent à eux. Tous scrutaient le sol, soulevant parfois un caillou, examinant les recoins, espérant apercevoir le précieux objet.

Après un long moment, l’un d’eux demanda :

— Nasrudin, te souviens-tu de l’endroit où tu as perdu ta clé ?

— Bien sûr ! Chez moi, répondit Nasrudin.

Les chercheurs s’arrêtèrent, stupéfaits.

— Chez toi ? Mais alors, pourquoi la cherches-tu ici ?

Nasrudin leva les yeux vers le réverbère.

— Parce qu’ici, il y a de la lumière !

Les passants se regardèrent, ne sachant s’ils devaient rire ou s’indigner. Puis, l’un après l’autre, ils reprirent leur chemin, laissant Nasrudin poursuivre ses recherches sous le réverbère.

L’absurdité de la logique

Nasrudin sait où il a perdu sa clé, mais il préfère la chercher là où il y a de la lumière. Son raisonnement est simple : puisqu’il voit mieux, il a davantage de chances de la trouver. La logique semble imparable, mais elle passe à côté de l’essentiel : retrouver la clé, et non simplement la chercher dans de bonnes conditions.

Les passants, eux aussi, se mettent à chercher. Ils observent, réfléchissent et participent à la recherche sans commencer par interroger sa finalité. Ils savent comment chercher, mais oublient de se demander si leur démarche peut réellement aboutir. Il leur faut du temps pour découvrir ce qui aurait dû guider leur action dès le départ.

Cette petite histoire illustre un phénomène bien plus répandu qu’il n’y paraît. L’absurdité ne se limite ni à l’ignorance ni au manque d’intelligence. Elle peut se manifester à tous les niveaux du raisonnement, du plus élémentaire au plus élaboré. Changer de domaine, enrichir ses connaissances ou perfectionner ses méthodes ne suffit pas à s’en prémunir.

La logique est un outil. Elle permet de trier, de distinguer, de comparer et d’organiser les éléments d’un raisonnement. Mais elle ne fournit pas, à elle seule, le sens de ce qu’elle traite. Elle peut établir des relations cohérentes entre des idées sans garantir que la démarche poursuivie soit pertinente, ni que sa finalité soit justifiée.

Le problème apparaît lorsque la maîtrise des moyens devient une justification suffisante de leur emploi. On peut savoir parfaitement comment faire, sans savoir pourquoi on le fait. On peut même atteindre un niveau remarquable de compétence, faire preuve d’une grande rigueur et obtenir une reconnaissance exemplaire, tout en négligeant la finalité de sa recherche. L’excellence d’un savoir ne garantit donc pas la justesse de son orientation.

Ce mécanisme ne concerne pas seulement Nasrudin et les passants. Il peut se reproduire dans tous les domaines, y compris dans les raisonnements les plus savants. Une méthode éprouvée, une connaissance reconnue ou une autorité intellectuelle peuvent impressionner au point de décourager toute remise en question. Pourtant, la qualité d’un raisonnement dans son domaine ne suffit pas à lui conférer une validité universelle, pas plus qu’elle ne répond à toutes les questions que l’on pourrait lui soumettre.

Nous retrouvons alors la même logique, quel que soit le niveau auquel elle s’exerce : on sait comment procéder, on perfectionne les moyens, on justifie la méthode, mais on finit par oublier pourquoi l’on cherche. L’objet de la recherche et la maîtrise des moyens prennent toute la place, tandis que la finalité, celle qui devrait orienter l’ensemble, disparaît de la réflexion.

C’est ainsi que la logique peut entretenir l’absurde sans que celui-ci soit immédiatement perceptible. Plus le raisonnement paraît rigoureux, plus il peut donner l’impression que sa conclusion est nécessairement juste. Mais la cohérence d’un raisonnement ne suffit pas à garantir la pertinence de la démarche dont il est issu.

Car la logique ne devient pas absurde parce qu’elle est insuffisante pour répondre à toutes les questions. Elle le devient dans son usage lorsque l’on confond la maîtrise de l’outil avec la compréhension de sa finalité, ou la cohérence du raisonnement avec le sens de la recherche.

Au fond, le réverbère de Nasrudin peut prendre bien des formes : une habitude, une certitude, une méthode, un savoir reconnu ou une autorité intellectuelle. La lumière change, le niveau de connaissance change, mais le piège demeure le même.

Il ne suffit donc pas de savoir comment chercher, ni même de savoir parfaitement raisonner. Encore faut-il ne pas perdre de vue pourquoi l’on cherche. Car on peut voir clair, raisonner juste dans les limites de sa méthode et pourtant passer à côté de l’essentiel.