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Le triquetra symbole de la ternaire Divine

Réflexion sur la Justice

- Sans vertu, aucune action, si vouable et admirable puisse-t-elle paraître, ne peut être juste, car, la justice elle-même est du ressort de la vertu -

Le triquetra symbole de la ternaire Divine

Le bonheur, expression dont on ignore le contenu et le sens

Reflexions

Prendre le temps d'examiner ce que nous pensons et ce qui nous anime

Introduction

Le bonheur est un sujet délicat, dont la définition demeure énigmatique pour bon nombre d'entre nous. Est-ce un état à posséder, un idéal à atteindre, ou bien une manière d'être au monde ? Dans notre société, et particulièrement chez les annonceurs, nous sommes régulièrement exposés à des images idéalisées du bonheur — des projections d’une réalité parfaite qui n’existe pas.

L'image d'un couple avec leurs deux enfants (une fille et un garçon) souriant dans un jardin, avec une belle maison en toile de fond, a un impact indéniable sur notre subconscient. Elle suscite en nous le désir et engendre un sentiment de manque. Ce message vise à nous faire croire que « le bonheur » existe sous cette forme et que nous ne l’avons pas encore trouvé. Pour l’atteindre, il suffirait de franchir la porte de l’agence qui l’affiche fièrement — comme si le bonheur pouvait s’acheter ou se posséder.

Cela engendre un malaise inconscient, une culpabilité silencieuse qui nous renvoie à notre prétendue incapacité à le trouver. Pourtant, peut-être que ce malaise vient moins de notre échec que de l’illusion qu’on nous vend : celle d’un bonheur qui serait toujours ailleurs, jamais dans l’être et l’acceptation du réel tel qu’il est.

Prenons un exemple simple : nous rêvons d’un week-end parfait sans aucune contrariété. Mais si la pluie s’invite, nous sommes déçus. Pourtant, accepter la pluie, c’est peut-être découvrir le bonheur d’un après-midi calme à l’intérieur, avec un bon livre ou une discussion profonde. L’obstacle n’est pas la pluie, c’est notre refus de la réalité.

La quête du bonheur : comprendre les attentes

Comment peut-on trouver une chose dont on ignore les caractéristiques ? Quels sont les paramètres qui définissent « ce bonheur » ? Comme souvent, c'est dans la question que se trouve la réponse. En posant ces questions, notre raisonnement, avec sa logique intellectuelle, tente de décomposer la réalité pour découvrir sous quelles conditions nous sommes réellement heureux. Mais ces conditions sont-elles vraiment celles de l’être, ou celles de l’avoir ?

Ces conditions se traduisent souvent par des phrases telles que : « Lorsque j'aurai ceci ou cela (une voiture, une maison, un téléviseur...), je serai heureux. Cela me ferait vraiment plaisir d'avoir... » Cette citation pleine de dérision de Woody Allen résume parfaitement cet état d'esprit : « Ah, qu'est-ce que je serais heureux si j'étais heureux ! » Elle montre bien l’absurdité d’un bonheur toujours renvoyé à plus tard, jamais vécu ici et maintenant.

Nous nous projetons dans le fictif, fuyant vers un futur prometteur, là où les publicitaires dissimulent leurs trésors. Chacun connaît l'expression : « L'argent ne fait pas le bonheur », souvent reprise par des matérialistes sous forme humoristique : « S'il ne fait pas ton bonheur, donne-le-moi ! » Ou, plus séduisante et rationnelle : « Il ne fait pas le bonheur, certes, mais il y contribue ! » Pourtant, ces croyances confondent encore une fois l’avoir avec l’être.

L'expérience quotidienne de chacun nous rappelle que le désir d'un objet financièrement accessible peut finalement laisser un arrière-goût amer une fois l'acquisition faite. Ce fameux « plaisir » — qui n’est qu’une joie brève — se dissipe rapidement, et nous nous demandons alors : tant d'efforts pour cela ? Comme si le bonheur ne pouvait pas résider dans la chose possédée, mais seulement dans notre manière d’être en relation avec le réel.

Exemple : vous convoitez depuis des mois le dernier modèle de smartphone. Vous l’achetez enfin. La joie dure une semaine, puis l’habitude s’installe, et un nouveau désir apparaît. Le bonheur n’était pas dans l’objet, mais dans l’illusion de l’attente.

L'intention derrière le bonheur : au-delà des apparences

Qu'est-ce que cela signifie ? Cela indique que le bonheur ne se définit par aucun critère ou valeur particulière accessible à notre intellect. Il n’existe pas de mode d’emploi complet et pratique qui nous épargnerait la souffrance ; le bonheur n'est pas une simple recette de cuisine. Il relève d’une posture intérieure, d’une manière d’être, et non d’un ensemble d’instructions à appliquer.

Certaines personnes semblent avoir tous les éléments et paramètres nécessaires pour vivre heureux. Elles disposent de biens matériels conséquents, ont un accès aisé aux soins, voyagent régulièrement, etc. Pourtant, dans leur intimité, elles souffrent autant que n'importe qui d'autre. La souffrance reste identique, même si le décor change. Cela ne les empêche pas d'en vouloir toujours plus, d'éprouver des maladies, de s'ennuyer ou d'envier ceux qui ont davantage qu'elles. L’avoir ne comble jamais le vide de l’être.

Imaginons deux personnes : l’une possède une belle maison, mais rumine sans cesse ce qui lui manque encore. L’autre vit dans un petit appartement, mais accueille chaque soir le coucher du soleil avec gratitude. La différence n’est pas dans l’avoir, mais dans l’être.

Ce surcroît de biens ne les protège en rien de la fragilité, de la peur, de la colère, de la tristesse, de la maladie, de la mort ou du deuil. La société de consommation, en vendant l'argent comme l'élément essentiel pour être heureux, nous présente une vision matérialiste du bonheur qui n'est qu'une chimère, une illusion parmi tant d'autres. Elle réussit à nous vendre l’apparence et le plaisir comme norme du bonheur — confondant encore une fois la joie éphémère avec l’état profond de l’être — nous poussant à soigner notre image pour ne pas révéler notre fragilité et l'impuissance qui nous fait tant souffrir.

Cette approche du bonheur n'est qu'un leurre, un appât qui entraîne l'individu dans une course effrénée, l'empêchant de prendre le temps de se poser les bonnes questions. C'est ce qu'on appelle « gamberger », c'est-à-dire angoisser face à l’éventualité de ne pas trouver de réponse. L'évidence, souvent inconsciente, serait qu'il n'existe pas de solution extérieure, sauf celle d'accepter de vivre la vie telle qu'elle se présente à nous.

Il ne s'agit pas de substituer la recherche du bonheur par l'anxiété, mais de reconnaître que la souffrance que nous cherchons à fuir est exploitée par cette société, qui en fait son fonds de commerce. En réalité, elle est aussi ignorante que nous. Le bonheur, tel qu'il est défini par la société (accumulation, performance, image), n'est pas plus qu'une drogue : il procure un plaisir temporaire suivi d’un manque. Les émotions qui en découlent ont des effets secondaires liés aux désillusions. Tout ce qui est périssable est une illusion, rendant le bonheur apparemment inaccessible — tant qu’on le cherche du côté de l’avoir.

Personne ne détient la clé de notre bonheur, sinon nous-mêmes. Notre désir d'appartenance à la communauté humaine est fort, car nous éprouvons et vivons très mal la séparation qui découle de notre individualité et de notre ignorance. Ce sentiment de séparation génère de l'angoisse que nous tentons de combler par des possessions ou des réussites, ce qui est vain. Il est plus sain de vivre et d'accepter cette angoisse comme une compagne légitime de l'existence.

Le bonheur ne s'achète pas, ne se vend pas, ne se donne pas, ne se prête pas, ne se rêve pas, ni ne se trouve. Le bonheur se vit ; il découle de notre intention et de notre force à accepter et à connaître la vie telle qu'elle est, et non pas telle que nous voudrions qu'elle soit. C'est de la vérité — de l’acceptation du réel — que naît le bonheur.

L'ignorance des causes d'un malheur qui surgit accentue le sentiment d'impuissance et de fragilité. Lorsque la mort frappe à notre porte, c'est une violence inégalée, surtout face à notre ignorance du sujet. Le malheur est l'opposé du bonheur, selon le principe de polarité. Ce principe, complété par celui du rythme, nous révèle à quel point nous étions heureux avant un événement tragique, comme un décès. Cette expérience nous enseigne à mieux assimiler ce qu'est la vie, et à ne plus prendre le bonheur pour acquis.

La vie nous dévoile ses mystères à travers l'expérience. Éprouver une situation est bien différent de la comprendre théoriquement ou par l'imagination. Le réel est là, et rien ne peut le remplacer ! C'est ici que l'acceptation entre en jeu. L'amour, quant à lui, est une dimension qui englobe tout ; il est sans préférence et représente l'acceptation même. Accepter le réel, c’est déjà aimer ce qui est.

Les niveaux d'amour

Il existe trois niveaux d'amour, que le grec ancien distinguait par des noms précis :

  1. Éros
  2. Philia
  3. Agapé

Ces termes se traduisent couramment par trois attitudes amoureuses :

  1. l’amour qui prend
  2. l’amour qui partage
  3. l’amour qui donne

Dans notre société, nous rencontrons d’abord l’amour qui prend. Ses principaux adjectifs sont : « j’exige », « je veux », « c’est à moi », « il me le faut… » Sur le plan intellectuel, cela se manifeste par : « je souhaite », « je désire », « j’aimerais… » Ces expressions traduisent un certain niveau d’évolution et de maturité — ou plutôt un manque de maturité. Cet amour est souvent associé à l’intérêt personnel et à l’égoïsme. Il cherche à combler un vide par la possession, mais il ne mène jamais au bonheur durable, car l’avoir ne nourrit pas l’être.

L’amour qui partage, quant à lui, se manifeste sous la forme d’échanges et est souvent désigné par le terme de solidarité. Il illustre une conscience relative à l’existence de l’autre. Cet amour s’obtient par :

  • un contrat
  • l’argent
  • des conditions
  • des services

Il se traduit dans notre langage courant par des expressions telles que : « je déteste », « j’adore », « j’apprécie », « j’aime », « je n’aime pas » — toujours selon l’intérêt qu’il représente pour la personne. On est conscient que pour obtenir ce que l’on désire, il suffit de donner quelque chose en retour. Cet amour repose sur des stratégies, de la ruse et de la collaboration, reléguant ainsi l’amour à un échange commercial. Il est encore loin du bonheur véritable, car il reste conditionné par l’avoir et le mérite.

Enfin, l’amour qui donne est un amour libéré, affranchi de l’attachement et de la possession. Il se réalise à travers l’expérience et la reflexion, en prenant conscience de notre propre rôle dans la vie. Cet amour se distingue par :

  • le don
  • la sérénité
  • la disponibilité
  • l’acceptation

L’amour qui donne se rapproche le plus de la définition du bonheur. Parce qu’il ne cherche pas à posséder, parce qu’il accepte l’autre et le réel tels qu’ils sont, il incarne cette qualité d’être que nous avons évoquée.

Un parent veille son enfant malade toute une nuit. Il ne reçoit rien en retour, il est épuisé, pourtant il ne se sent pas malheureux. Il y a en lui une paix, une présence pleine. C’est un aperçu du bonheur comme don, sans condition.

Nombre d’entre nous entretiennent une vision erronée de l’amour. Ce n’est pas parce que les choses ou les personnes sont bonnes que nous les aimons, mais c’est parce que nous les aimons qu’elles deviennent bonnes à nos yeux.

À ce propos, la filiation apporte un éclairage supplémentaire. Nous aimons une personne, qu’il s’agisse d’une mère, d’un père ou d’un enfant, indépendamment de ses qualités. L’amour d’un enfant est particulièrement révélateur : son innocence nous empêche de porter un jugement à son égard. Nous l’aimons, et c’est tout. Peu importe les erreurs ou les bêtises qu’il peut commettre, notre amour pour lui reste constant. C’est cet amour — proche de l’Agapé — qui contribuera à le rendre meilleur qu’il ne le serait sans lui. C’est aussi cette forme d’amour qui nous apprend à accepter la vie sans condition, et donc à goûter au bonheur de l’être.

La pérennité du bonheur : une quête sans fin

La satisfaction des désirs n'offre pas un bonheur durable. Elle procure une sensation de plénitude éphémère — une joie qui s’éteint dès que l’objet obtenu devient familier. Les plaisirs, les désirs, la joie, l’espoir, etc., sont des paramètres intrinsèques qui résident en nous. Si nous les percevons comme étant le bonheur lui‑même, alors il n’y a ni mérite ni prise de conscience à cela. Bien que cette quête anime beaucoup d’entre nous, elle ressemble à un récipient percé, toujours assoiffé d’être rempli sans jamais l’être, ou à une dépendance à une drogue, où l’on augmente les doses et la fréquence des prises sans jamais atteindre la paix intérieure.

Le bonheur se manifeste par degrés : il est graduel, son ampleur et sa constance augmentent avec le temps. Il se trouve dans les moindres satisfactions organiques, émotionnelles et spirituelles — mais ces satisfactions restent des reflets, non la source. Cependant, le véritable bonheur, celui qui est durable, est sans cause ni objet ; il ne dépend d’aucune situation externe. Il résulte d’une conscience qui s’est réalisée grâce à une pratique volontaire et constante. C’est un bonheur qui relève de l’être, non de l’avoir.

Cette conscience est parvenue à maîtriser ses défauts et ses vices, en respectant les lois universelles acquises par l’expérience — c’est‑à‑dire en acceptant le réel tel qu’il se donne, non tel qu’on le projette. Au fil de ce parcours, elle a su faire le tri entre le vrai et le faux, hiérarchiser les valeurs de ses connaissances et retrouver sa véritable nature, qui n’a besoin d’aucune possession pour être pleine.

Pour surmonter la difficulté, l’effort, la souffrance et la douleur, il faut une vertu. Celle‑ci se manifeste par la volonté (force), la prudence face à ses propres vices, la tempérance pour modérer un excès d’ardeur, et la justice dans sa pensée, ses paroles et ses actions. C’est la connaissance — non le simple savoir intellectuel, mais celui qui naît de l’expérience vécue et de l’acceptation — qui constitue le fondement de la conscience. Cette connaissance‑là nous apprend que le bonheur durable ne se conquiert pas, mais s’accueille.

Conclusion : vers une compréhension unifiée du bonheur

Le bonheur réside dans l’unité. Lorsque nous nous rassemblons, nous mettons un terme au fractionnement engendré par nos égos, qui cherchent sans cesse à affirmer leurs différences. La singularité est une évidence ; il n’est pas nécessaire de la cultiver. En revanche, reconnaître notre ressemblance profonde exige un véritable effort et une prise de conscience de notre état de séparation. Accepter cette ressemblance, c’est accepter le réel de notre condition humaine — et c’est là que peut naître un bonheur durable, fondé sur l’être et non sur l’avoir.

La parabole d’Adam et Ève chassés du paradis symbolise cette prise de conscience de notre éloignement de nos origines. Une feuille d’arbre se sent unique et distincte des autres, mais elle appartient à une brindille particulière. Cette brindille est reliée à une branche, qui, à son tour, se perçoit comme singulière par rapport aux autres. Pourtant, toutes ces branches font partie du même tronc, nourri par des racines communes.

Il en va de même pour nous, êtres humains : chacun a sa propre histoire (la feuille), son appartenance familiale (la brindille), ses couleurs de peau et ses cultures (les branches), mais nous faisons tous partie de la même espèce (le tronc) et sommes tous nourris, sans exception, par la création ou par ce qui nous dépasse — appelons‑le nature, vie, ou divinité (les racines).

Reconnaître nos similitudes dans notre diversité pourrait être la clé pour découvrir ce bonheur partagé. Un bonheur qui ne se possède pas individuellement, mais qui se vit dans la conscience d’appartenir à un tout.

Voici un conte, en toute simplicité, qui résume et contribue à la définition du bonheur… Cliquer ici

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