Pour les adeptes de la raison pure, au-delà de cette limite, vos pensées ne sont plus valables...

Il est plus rassurant de croire à une illusion qu’à une vérité qui dérange.

Contes Soufi et autres

Fleur de vie

Le soufi et le premier ministre

Toute la cour est là, attendant l’arrivé du roi, quand un fakir soufi en haillons entre et va nonchalamment s’asseoir sur le trône.
Le premier ministre n’en croit pas ses yeux.
– Qui crois-tu être pour entrer ici et te conduire de cette manière ? Lui demande-t-il.
– Te prendrais-tu pour un ministre ?
– Un ministre ? Rétorque le soufi. Non, je suis bien plus que cela.
– Tu ne peux pas être le premier ministre, parce que le premier ministre, c’est moi. Serais-tu le roi ?
– Non pas le roi. Plus que cela.
– L’empereur ?
– Non, encore plus!
– Le Prophète, alors ?
– Plus encore !
– Serais-tu Dieu ?
– Non, je ne suis pas Dieu. C’est encore bien plus que cela.
– Mais il y a rien, au-dessus de Dieu !
– C’est exact, répond le soufi. Je suis ce Rien.

(Anonyme)

La cithare du bonheur

C’était un homme droit et sincère qui cherchait le chemin du bonheur et de la vérité.
Il alla un jour trouver un vénérable maître soufi dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.
Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et, après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :

– C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper, au cœur du village que je t’ai décrit, tu trouveras trois échoppes.
– Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. La route fut longue.

Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son cœur lui dit très fort :

– C’est là le lieu ! Oui, cithare c’est là !
Hélas ! Dans chacune des trois boutiques il ne trouva comme marchandises que rouleaux de fils de fer dans l’une, morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Fatigué et découragé, il sortit du village pour trouver quelque repos dans une clairière voisine.
La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière, lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie sublime.
De quel instrument provenait-elle donc ?

Il se dressa tout net et avança en direction du musicien, et, stupéfait, il découvrit que l’instrument céleste était une cithare faite des morceaux de bois, des pièces de métal et des fils d’acier qu’il venait de voir en vente dans les trois échoppes du village.
A cet instant, il connut l’éveil.
Il comprit que le bonheur est fait de la synthèse de tout ce qui nous est déjà donné, et que notre tâche est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.
Conte soufi.

Les cerises

Un jour, tandis que Jésus et Saint Pierre cheminaient de par le monde, ils se sentirent bien fatigués.
Il faisait une chaleur terrible mais en cours de route ils ne trouvèrent pas la moindre âme charitable pour leur donner un verre d’eau, pas le plus petit ruisseau pour leur procurer un filet d’eau.
Cheminant cahin-caha, Jésus, qui marchait devant, vit sur le sol un fer à cheval ;
il se retourna vers son disciple et lui dit :

– Pierre, ramasse ce fer à cheval et garde-le.
Mais Saint Pierre, qui était d’une humeur de chien, lui répondit :

– Ce morceau de fer ne vaut pas la peine de se baisser. Laissons-le là, Seigneur.

Jésus, comme d’habitude, ne fit aucun commentaire ; il se contenta de se baisser, de ramasser le fer et de le mettre dans sa poche.
Ils se remirent en route, muets et silencieux.
Au bout de quelque temps, ils rencontrèrent un forgeron qui allait dans la direction opposée.
Jésus lia conversation avec lui au cours de la halte qu’ils firent tous ensemble, et au moment de se quitter, Jésus lui vendit le fer qu’il avait trouvé.
Ils poursuivirent leur chemin et tombèrent par hasard sur un marchand ambulant qui se rendait au village voisin pour vendre des fruits.
Jésus l’arrêta et acheta avec les quatre écus de la vente du fer à cheval, une demi-livre de cerises.
Pendant tout ce temps, Saint Pierre restait muré dans son silence et sa mauvaise humeur empirait.
La chaleur redoublait ; les gorges se desséchaient.
Seul Saint Pierre souffrait de la soif, car Jésus mangeait les cerises et le jus des fruits rafraîchissait son palais.
L’apôtre, qui marchait péniblement derrière lui, regardait le Sauveur avec envie ; mais comme les cerises avaient été achetées avec le gain de la vente du fer à cheval qu’il n’avait pas voulu ramasser, il n’osait pas demander à Jésus sa part du festin.
Celui-ci, sans avoir l’air de rien, laissait tomber une cerise de temps en temps, et Saint Pierre se penchait avec avidité pour la ramasser et la porter à sa bouche assoiffée.
Quand il n’y eut plus de cerises, Jésus se retourna vers son disciple et lui dit :

– Tu vois, Pierre, on ne doit rien dédaigner en ce monde, même ce qui nous paraît mesquin et dépourvu de valeur.

Pour n’avoir pas voulu te baisser une fois et ramasser le fer à cheval, tu as dû t’incliner de nombreuses fois pour les cerises que je laissais tomber sur le sol.

– Ceci t’apprendra, Pierre, à ne dédaigner rien ni personne.

Saint Pierre ne trouva rien à répondre ; il baissa la tête et poursuivit humblement le trajet derrière son Seigneur.

Alfred de Musset.

L’homme et l’oiseau

Un homme captura un jour un frêle oiseau, si petit qu’il tenait dans la paume de sa main.
L’oiseau tenta de négocier sa liberté:

– Qu’attends-tu donc de moi ? Dit-il. Je suis si petit, si maigre, je n’ai que la peau sur les os !
Rends-moi la liberté ! En échange, je te dirai trois vérités.

Soit, dit l’homme.
– Mais comment pourrai-je savoir si tes vérités sont utiles pour moi ?
– C’est très simple, Je te dirai la première vérité lorsque je serai encore dans ta main.

Je te dirai la seconde lorsque je serai sur la branche de cet arbre ; ainsi, tu auras encore le pouvoir de me rattraper si cette vérité ne te convient pas.

Enfin, je te dirai la troisième, la plus importante, lorsque je serai là-haut dans le ciel.

– D’accord, dit l’homme. Dis-moi la première vérité.

– Si tu perds quelque chose, s’agirait-il de ta propre vie, tu ne dois pas le regretter. »

Voilà une vérité profonde, pensa l’homme :
le non-attachement aux formes extérieures, en effet, est le secret de la vraie liberté.

il ouvrit la main.
L’oiseau s’envola sur la branche, d’où il proféra sa deuxième vérité :

– Si on te raconte une absurdité, n’y crois sous aucun prétexte avant d’en avoir eu la preuve.

Très bien, dit l’homme, tu es beaucoup plus sage que ne le laissait prévoir ton minuscule crâne d’oiseau :
L’être humain, en effet, est naturellement attiré par le mensonge et l’illusion, nés de sa convoitise !

Mais quelle est donc la troisième vérité ?

– C’est, lui répondit l’oiseau qui planait désormais dans les hauteurs du ciel, que j’ai dans l’estomac, deux diamants gros chacun comme un de tes poings. Si tu m’avais tué, ta fortune était faite.

Fou de rage, l’homme maudit l’oiseau. Il s’en voulut d’être si stupide et pleura sur son sort.

– Imbécile ! s’exclama l’oiseau. Je t’ai dit de ne jamais regretter aucune chose, et tu regrettes déjà de m’avoir libéré ! Je t’ai dit de ne jamais croire une absurdité, et tu m’as cru lorsque j’ai prétendu, moi qui tiens dans la paume de ta main, avoir avalé deux diamants gros comme tes poings !

En raison de ta convoitise et de ton aveuglement, tu ne pourras jamais voler dans le ciel comme moi!

Conte du monde arabe, anonyme.

La vie est comme une tasse de café...

Il était une fois un groupe d’anciens élèves qui décidèrent d’aller visiter un de leurs anciens professeurs.

Très vite, ils se mirent à se plaindre du stress de leur vie et dans leur job.

Le vieux professeur alla à la cuisine et revint avec une cafetière pleine et des tasses ; certaines en plastique, d’autres plus chères (en verre), d’autres très précieuses (en porcelaine ou en cristal).

L’hôte dit à ses invités de se servir.

Les étudiants prirent les plus belles tasses et, quand tous se furent servis, le prof leur dit :

– Avez-vous remarqué que les tasses précieuses ont toutes été choisies ?

– La tasse n’ajoute rien au goût du café ; c’est juste qu’elle est plus chère.

– En fait, vous vouliez tous du café, pas une tasse.

– Pourtant, vous avez choisi les plus belles tasses et puis, vous avez regardé les autres pour voir qui avait la plus belle.

– En fait, la vie est comme le café : le travail, l’argent et la position sociale, sont des tasses.

– Ils sont les outils justes pour tenir et contenir la vie.

– Et le genre de tasse que nous avons ne définit ni ne change pas la qualité de notre vie.

– Parfois, si on ne se focalise que sur la tasse, on oublie apprécier le café.

– Alors, savourez le café, pas la tasse !

– Les gens les plus heureux ne possèdent pas les meilleures choses, mais tirent le meilleur de chaque chose.

– Vivez simplement, parlez gentiment, souciez-vous profondément des autres et aimez généreusement !

Histoire spirituelle par auteur inconnu.

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